Raphael Bob-Waksberg – Animer les aspects les plus sombres de l’esprit humain

Le scénariste et producteur américain s’est fait connaître avec la série animée BoJack Horseman. C’est en travaillant sur cette série qu’il s’est rendu compte que le fait d’être « mauvais » était le réglage par défaut des humains. Il a également insinué que le thème des personnes brisées semblait toujours trop lourd pour l’animation. Le succès de BoJack a marqué l’histoire de la télévision.

Lorsque « The view from halfway down », l’avant-dernier épisode de la très appréciée série Netflix, a été disponible au visionnage, cela a marqué la fin d’un voyage aussi incroyable que déprimant. Ma première réaction, après m’être noyé dans mes larmes et avoir eu besoin d’une pause avant d’aborder le dernier épisode, a été de me questionner sur l’état de notre créateur : « pour créer un tel chef-d’œuvre, le scénariste doit être une âme terriblement torturée. »

Ce que tu as fait était important. Tu as blessé quelqu’un, et quelqu’un t’a blessé.

Raphael Bob-Waksberg, Someone Who Will Love You in All Your Damaged Glory

Raphael Bob-Waksberg est un producteur/scénariste/comédien/doubleur né en Californie. Il a certainement plus d’une corde à son arc. Il a récemment publié son livre « Someone Who Will Love You In All Your Damaged Glory ». Au fil des années, Bob-Waksberg s’est fait une petite réputation, celle d’un tire-larmes très astucieux, quelqu’un qui va pousser le consommateur de son œuvre au questionnement de ses insécurités dans les profondeurs de sa conscience. Le créateur de la série sur le cheval triste a le sens des mots, et il peut donner à ses spectateurs et ses lecteurs une vision très honnête et authentique de sujets plutôt compliqués à aborder. À une époque où les tabous sociétaux tombent à mesure que la télévision, non pas parce que les producteurs et les décideurs se soucient profondément des politiques d’identité/de genre et de la santé mentale, produit un contenu de plus en plus inclusif et intersectionnel, Bob-Waksberg fait encore un peu figure d’exception. Le Californien a tenté quelque chose d’inédit, il a animé une série triste et déprimante.

Poster BoJack Horseman. Via Netflix.

BoJack Horseman est une production Netflix sur un cheval célèbre has-been dans un univers anthropomorphique. Il était la star d’une sitcom à succès, et nous assistons à sa tentative de rester d’actualité dans l’endroit le plus impitoyable de la planète, Hollywoo. La première saison de BoJack est quelque peu trompeuse, elle a un côté divertissement de stoner et nous présente grossièrement le voyage auquel nous étions sur le point de prendre part.

Cependant, dès que nous commençons à explorer l’esprit, les actions et les souvenirs de notre (anti)héros, nous nous engageons dans un processus de remise en question. Certains se reconnaîtront dans BoJack et le romanceront, tandis que d’autres s’engageront à s’améliorer tant BoJack inspire le dégoût. Le challenge de cette série est qu’elle aborde un nombre important de sujets qui peuvent être considérés comme trop lourds pour la télévision. La croissance de l’industrie du streaming présente des aspects positifs certains dans ce cas. Les personnages de BoJack, bien qu’ils ressemblent à des animaux (pas tous), sont profondément humains. Il n’y a pas de déterminisme dans cette série, tout comme il n’y a pas de fatalité comme BoJack l’a fait remarquer : « There is always more show. »1 Même si cette série traite de sujets compliqués et lourds, elle a toujours une sous-couche positive. BoJack, comme tout autre humain, n’est pas un produit fini. Il est constamment dans l’optique de s’améliorer afin de ne pas se définir par ses actions. Il a pour but de montrer ce qu’il y a « au fond » de lui, que ce soit bon ou non. Et même si nous nous concentrons moins sur Bojack, car il a beau être le personnage principal, cette série nous présente un nombre de personnages tout aussi important dans l’univers anthropomorphique d’Hollywoo. Nous pouvons mentionner l’importance de parler du sujet de la sexualité. Dans ce cas précis, l’identité sexuelle, lorsque le personnage de Todd se rend compte qu’il est asexué. La maladie mentale, l’addiction, la moralité, la sexualité/l’identité sexuelle sont quelques-uns des nombreux thèmes explorés dans ce monde anthropomorphique. BoJack Horseman fera rire le public, il le fera pleurer, il le déprimera, mais surtout, il l’aidera à grandir.

1– « il y a toujours plus de spectacle ».

Image de la saison 4. Todd à la découverte de sa sexualité. Netflix via Vox.

J’espère que « BoJack » inspirera les gens à se dire : « Je veux raconter mon histoire en animation. J’ai une idée pour une série animée qui ne ressemble pas seulement aux « Simpsons », à « South Park » ou à « Family Guy ».

Raphael Bob-Waksberg pour IndieWire

Ce que Bob-Waksberg a fait avec BoJack Horseman était assez risqué et pourtant réussi. Il a apporté une autre dimension aux séries télévisées animées, où l’accent ne serait pas tant mis sur la comédie que sur le développement des personnages. Cette œuvre n’est pas comparable aux Simpsons, qui définissent le genre. Il est intéressant de noter que suivant le succès de BoJack, les séries de ce genre n’ont jamais véritablement eu leur chance. Pourtant, nous voyons toujours Netflix distribuer/produire de nouvelles séries animées qui n’offrent rien de différent des prototypes Les Simpsons, Family Guy… (comme Paradise PD ou F is for Family.) D’un autre côté, ce genre d’émissions prospère vraiment à la télévision, car elles peuvent plaire au grand public. BoJack, quel que soit le succès de la série, attire un public particulier et c’est pourquoi elle s’adapte si bien au modèle du streaming. En outre, plus d’un an après sa fin, il semble que les blessures émotionnelles laissées par BoJack Horseman ne soient pas encore cicatrisées, ni le vide qu’elle a laissé combler par une autre série tout aussi audacieuse.

« J’ose espérer que ‘BoJack’ a peut-être changé la façon dont les gens pensent au genre d’histoires qu’il est permis de raconter en animation. »

Raphael Bob-Waksberg pour IndieWire

Animer une série déprimante est assez innovant, et comme nous l’avons vu avec BoJack, peut être un succès. Quand on regarde les émissions d’animation les plus populaires, on remarque immédiatement une recette de travail qui n’est pas prête d’être mise au placard. C’est comme s’il existait une règle non écrite selon laquelle l’animation est faite pour les choses légères, lui attribuant une dimension enfantine. D’une certaine manière, on pourrait résumer que les séries animées, dans les pays occidentaux, s’adressent généralement à un public jeune. Nous grandissons avec les séries animées et dans l’imaginaire collectif, nous sommes censés rire et nous sentir bien en regardant une série animée. BoJack brise cette idée. Il s’agit d’une série animée mature qui s’adresse vraisemblablement davantage aux jeunes adultes et aux adultes. Et elle brise cette idée assez violemment en montrant des personnes brisées, des relations brisées, et tout simplement une société brisée qui reflète la réalité. L’animation est censée être une échappatoire au monde réel. Une évasion facile, d’une durée de 20 minutes, et pourtant, BoJack vous ramène à la réalité avec de vrais problèmes, des personnages auxquels on peut s’identifier et des questions tenant du monde réel. Ce genre de série a manifestement son public cible et fait figure de précurseur après avoir ouvert une brèche dans un nouveau monde de possibilités pour les créateurs désireux d’animer leur univers.

Il serait, en effet, bien dommage de ne plus avoir d’émissions comme BoJack Horseman à l’avenir. D’un point de vue personnel, je trouve vraiment excellent et plus efficace de traiter les questions abordées dans BoJack Horseman dans un monde animé, car cela crée la distance nécessaire avec la réalité pour comprendre les problèmes de manière plus simpliste. L’animation crée un nombre infini de façons de transmettre un message, de sensibiliser et de désacraliser les tabous. Pour une raison ou une autre, il est plus facile de saisir et de comprendre les actions d’un cheval qui foire encore et encore et d’éprouver de l’empathie pour lui que pour un humain. Et plus important encore, il est en quelque sorte plus facile de comprendre certains problèmes, qu’ils soient émotionnels ou sociétaux, lorsqu’ils sont présentés dans un monde animé, notre jugement est moins obscurci par le voile de la réalité. Le pari de Raphael Bob-Waksberg d’animer une série décalée, franchement réelle et traitant de problèmes réels a été un succès massif et pourrait ouvrir la voie à une nouvelle dimension pour les séries animées. Alors que nous attendons actuellement la nouvelle saison de sa dernière création Undone, une série animée utilisant la rotoscopie qui traite des thèmes de la maladie mentale et des personnes brisées (encore), Bob-Waksberg continue à établir de nouveaux standards dans le monde des séries animées.

Poster Undone. Via Amazon Prime.

Erdem Ozgunay.

Photo en une : Via CommonwealthClub.

Source : IndieWire.

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