Sex Education S3 : la thérapie dérape

La production Netflix événement revient après une pause de deux ans pour une nouvelle saison, mais la clinique tenue par Otis (Asa Butterfield) et Maeve (Emma Mackey) n’est plus qu’un lointain souvenir. L’intrigue prend une toute nouvelle direction, et finalement, on se retrouve à la fois submergé et sur notre faim.

La deuxième saison s’était achevée avec Isaac (George Robinson) sabotant la déclaration d’amour de notre Otis pour Maeve, ce dernier qui s’était, à la surprise générale, retrouver dans une affaire avec la mégastar du lycée, Ruby Matthews (Mimi Keene). Un point de tension assez convaincant dans une série qui abandonnait petit à petit son intrigue principale, l’éducation sexuelle. D’ores et déjà, une transition vers le teen drama était enclenchée par les scénaristes, et la saison 3 devait relancer une machine mise en pause par le covid-19.

Cette nouvelle saison, c’était une opportunité de relancer des intrigues différentes et plus variées, autant dire que dans l’absolu, les choix scénaristiques étaient là, l’exécution, elle, laisse à désirer. Hope Haddon (Jemima Kirke) remplace Michael Groff (Alistair Petrie)en tant que directrice de Moordale. Hope, c’est un peu le personnage cliché qui veut tout bien faire pour la réussite des écoliers de Moordale, mais on regrettera la facilité choisie par les scénaristes pour construire un personnage qui vient tuer toute la signification du lycée en tant que telle. Dans les saisons précédentes, de par la clinique qui se trouvait sur campus, le lycée faisait partie de ces personnages importants à l’histoire, et en détruisant la clinique, le lieu perdit toute signification pour nous. Quid de ces lycéens et leurs problèmes si le lieu d’action est réduit à une allégorie très mal mise en scène d’un certain système fasciste que seul l’étudiant français semble remarquer. Cela créé une sensation de flottement et de feignantise de la part des scénaristes, du remplissage bancal. On peut même pousser le ridicule plus loin et s’attarder sur le choix du nom de cette nouvelle directrice, Hope Haddon, dont les initiales font grimacer.

Hope Haddon gérant Moordale d’une main de fer. ©Sam Taylor/Netflix

L’assassinat de Moordale, cependant a permis aux intrigues interpersonnelles de se développer, tel que la relation florissante, dans un premier temps, d’Otis et Ruby, et celle d’Adam (Connor Swindells)et Eric (Ncuti Gatwa). D’un point de vue dramatique, l’alchimie et la complicité entre Otis et Ruby était rafraîchissante et engageante. Une relation assez bien développée qui laissera entrevoir beaucoup de choses sur le personnage de Mimi Keene qui semblait jusque-là réduit à un rôle assez stéréotypé. Dans la foulée, le développement d’Adam qui découvre sa sexualité au côté d’Eric dans un cheminement extrêmement bien ficelé met en valeur l’importance d’une communication saine, et surtout la connexion nécessaire entre le soi et nos désirs sans brusquer soi-même ou l’autre. L’exemple d’Eric et Adam nous montre ce que c’est que d’être à des points différents dans nos vies sexuelles et dans la découverte de notre sexualité malgré tout l’amour que l’on peut éprouver pour quelqu’un. Certaines choses ne se forcent pas, le sentimentalisme est représenté comme force destructrice mais pédagogique, ce qui est extrêmement puissant sur la relation d’Eric et Adam.

Le gros point fort de cette saison et de cette série, en général, est sa capacité à toujours représenter le sexe et la sexualité sous une lumière positive. Parfois utiliser comme procédé narratif, cette série met un point d’honneur à rendre la sexualité moins taboue de manière construite et non provocatrice (dans l’ensemble). La superbe intrigue sur le voyage d’Eric au Nigeria venant compléter son expédition sentimentale avec Adam, la grossesse de Jean (Gillian Anderson) démontrant un phénomène que très peu traité/montré à la télévision, le développement de Michael Groff qui est un cinquantenaire remettant en cause toute son existence et éducation, tant de points forts dans les choix scénaristiques dans cette saison, qui malgré tout, ne peut s’empêcher de rentrer dans la norme du teen drama classique.

Jean ©Netflix

Tout fin de compte, la nature intrinsèque de la série ne suffira pas à masquer ses défauts lors de cette saison. Ces défauts, c’est bien le manque de prise de risques qui faisait de cette série une œuvre inédite. Ces défauts, c’est la tentation de la facilité mixée avec ce qui marchait auparavant. Otis et Maeve est devenu un axe redondant, constamment soumis à des challenges qui nous font lever les yeux. Est-il encore utile de prolonger une intrigue qui semble être à bout de souffle ? Ainsi que le doute quant à l’identité du père de l’enfant de Jean, ne serait-ce pas encore un abus de facilité narrative ? Créer du drama pur et simple a donné une perspective assez différente de ce qu’on pouvait attendre de cette série habituellement, mais en multipliant les intrigues, cela a créé un flou assez important sur le chemin qu’emprunte la série scénaristiquement. Ces nouvelles intrigues, cependant, semblent de leur côté être beaucoup plus ancrées dans la réalité, qui dans le malheur de l’abandon de la clinique, restent bien travaillées et adaptées naturellement dans la vie de nos personnages. Cette nouvelle saison de Sex Education reste brillante par son panache habituel et leitmotiv, mais la nouvelle direction choisie reste confuse et la complexité du scénario mis en place force la facilité à chaque tournant. La saison 4 s’annonce déjà d’une importance fondamentale pour la suite de la série.

Erdem Ozgunay.

Photo en une : ©Netflix

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